De Paris à Buenos-Aires, Emmanuel Roche

Vous vous passionnez pour le football ou vous le fuyez, voici un terrain d’entente : le recueil d’Emmanuel Roche, De Paris à Buenos-Aires (Banlieue Est Éditions).

Nul besoin d’être spécialiste du ballon pour saisir l’ouvrage et l’apprécier, le sport n’est que le contexte historique, qui lie les onze nouvelles. Oui, historique, car l’auteur a pris comme base une réalité passée, expliquée dans les “Compléments”, fournis en fin de recueil.

Le tour de force est remarquable : la source vérifiable n’est jamais présentée comme une contrainte pesante de lecture. Par jeu, nous avons soumis un cobaye à l’expérience de prendre deux nouvelles au hasard. Il les a comprises, sans avoir suivi le fil du temps ; ce qui assure qu’il s’agit bien d’un recueil de nouvelles et non d’un roman déguisé ! Les personnages authentiques paraissent sortir d’une imagination féconde, ce qui rappelle que la réalité quotidienne rejoint la fiction. Les situations, les tons, les moments sont si différents que le lecteur croit tisser des liens, alors qu’ils existaient véritablement à l’époque.

Pour être concret, les héros sont des amateurs de football à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Ils vivent près de Paris et se retrouvent, au fil des évènements mis en scène, en Argentine, d’où le titre du recueil : De Paris à Buenos-Aires. Des amateurs, donc des milieux de vie et de travail variés ; la Guerre, donc des opinions et des religions multiples ; le voyage vers l’Amérique latine, avec des motivations personnelles. Autant de notes dans la même partition.

L’ultime qualité d’Emmanuel Roche est la symphonie des nouvelles : ici, le narrateur parle à la troisième personne ; là, le témoin s’exprime à la première personne ; ailleurs, l’épisode est vu à travers les yeux d’un des personnages impliqués. Bref, des regards différents qui mènent vers le même résultat.

Pour le plaisir, une citation qui montre l’intemporalité du propos : le congé représente l’objectif normal du travailleur… à méditer dans les hautes sphères du pouvoir.

Lien : De Paris à Buenos-Aires, Emmanuel Roche