Sud Sauvage, Gaëlle Bélem
Après plusieurs romans, Gaëlle Bélem publie son premier recueil de nouvelles Sud Sauvage, (Gallimard, collection Continents noirs. L’autrice réunionnaise s’inspire des croyances et de quelques faits historiques de son île pour plonger le lecteur dans des mondes fantastiques. À l’instar des grands maîtres du genre, auquel elle rend hommage, elle conte des histoires linéaires, où les faits se succèdent et conduisent droit dans des mondes incroyables. Les personnages ne subissent pas des prises de tête avec des états d’âme ou des retours sur leur passé ; ce sont des gens ordinaires qui vivent des scènes ordinaires. Mais là, les esprits sortent de la nature ; rien d’exceptionnel, ils appartiennent aux normes. Pourtant, ils conservent le pouvoir de troubler, interroger, surprendre. Aucune apparition ne fait pousser de cris, mais ces présences dérangent, inquiètent, troublent.
Ces existences font peur au veilleur de nuit, qui accepte une mission dont personne ne revient intact, mais il est obligé de fuir, car il sent, il entend, sans jamais voir. Elles suscitent l’incompréhension devant le tableau noir aux formes mouvantes et constantes à la fois. Elles vivent en parallèle, comme Mauricia et sa fille : un frère veillait la sœur, une infirmière soignait la mère ; qui peut expliquer la phrase sans connaître l’histoire ? La conteuse laisse en suspens, avec des chutes en portes ouvertes ; nulle explication, nulle justification, puisque les esprits sont là, donc vérifiables par qui oserait vérifier !
L’écriture de Gaëlle Bélem est le juste rapport entre l’exposé sage et le parler populaire, comme les esprits, les mots locaux ont leur place naturelle. L’autrice entraîne dans le glissement de sens par sa poésie. Chacune des treize nouvelles est introduite par une citation du poète Leconte de Lisle, lui-même enfant de la Réunion.
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