La famille Verne est vouée à la magistrature, haute bourgeoisie de robe, selon l’expression de l’époque. Le port de Nantes accueille à cette époque les cap-horniers, dont les pêcheurs de baleine. L’auteur s’en inspira pour décrire certains de personnages. Paul, le frère de Jules, deviendra officier de marine.
À 5 ans, il est scolarié chez Mme Sabin, veuve d’un capitaine au long cours disparu en mer. Le programme comprend l’éducation religieuse, la lecture, l’écriture et le calcul. Jules partage avec son père la passion de la musique et gardera le respect des valeurs morales. À neuf ans, Jules entre au petit séminaire où il s’abreuve de romans d’aventure.
Les affaires de l’avoué Pierre Verne marchent bien. Il destine son aîné à prendre sa succession. Mais au cours de l’été 1839, Jules âgé de 11 ans fait une fugue : un trois-mâts, nommé La Coralie appareille pour les Indes, il se fait engager comme mousse avec le projet de ramener un collier de corail pour sa cousine Caroline. Ratrappé par son père, la correction est sévère. Si l’anecdote tient de la légende, elle montre la fascination du garçon pour la mer et les voyages.
Au lycée, Jules n’est pas un élève brillant, toujours prêt à organiser des distractions physiques ou spirituelles qui cachent une grande sensibilité. L’élève montre un autre centre d’intérêt : les machines, et il dessine des mécanismes imaginaires. Obligé de suivre des études de droit, Jules convainc son père de l’envoyer à Paris pour sa troisième année. Là, il s’applique, mais couve des ambitions plus littéraires. Il lit beaucoup et écrit des pièces de théâtre ; cet entraînement lui donne la maîtrise des dialogues, de l’art du récit et de la mise en scène spectaculaire. Pour se documenter, il passe des journées à la Bibliothèque nationale, où il croise des savants et des aventuriers, des explorateurs, des géographes, des artistes, des étrangers… et le directeur de la revue catholique Le Musée des familles, où il publie une dizaine de textes, dont quatre nouvelles.
Quand il se marie, Jules Verne est mi-écrivain, mi-agent de change. Le ménage vit au gré des fluctuations de la bourse, mais pas de la plume de l’écrivain, qui commence à se décourager. Après des voyages et sa rencontre avec Nadar, il traduit Edgar Poe en 1845, neuf ans avant Baudelaire. Jules Verne est séduit par cette forme nouvelle de littérature, tout en cherchant à rendre crédibles les histoires qu’il écrit.
En 1862, Hetzel prend connaissance du Voyage en l’air de Jules Verne et accepte de le publier. Début d’une collaboration fructueuse, qui durera jusqu’à la fin de ses jours. En 40 ans, 62 romans et 18 nouvelles vont paraître, d’abord en feuilletons dans le Magasin, puis sous forme de volumes illustrés.
En 1865, Jules Verne acquiert un bateau de pêche qui devient son deuxième bureau, il navigue jusqu’à Londres, et remonte la Seine jusqu’à Paris. Quand il ne navigue pas, il écrit. Son épouse se plaint du temps excessif que son mari passe à l’écriture.
En 1872, les Voyages extraordinaires sont couronnés par l’Académie française, mais Jules Verne ne sera jamais académicien. Longtemps, il pâtira de son image d’écrivain pour enfants. Il s’en fera une raison, car sa carrière connaît le grand succès. Toutefois, des inquiétudes financières apparaissent, son éditeur et ami décède, Verne se brouille puis se réconcilie avec son fils Michel.
L’écrivain meurt le 25 mars 1905, à 70 ans, terrassé par une crise de diabète. Des tiroirs de son père, Michel Verne retire des manuscrits accumulés pendant des années de travail et jamais publiés. Il corrige ces manuscrits plus ou moins avancés ; les romans dits “posthumes” comprennent un recueil de nouvelles.